jeudi 7 mai 2009

Communication, durable ou éphémère ?

Le 18 avril avait lieu à Eugène la journée de la Terre, Earth Day, évènement annuel qui célèbre la Terre et ses ressources naturelles à travers des conférences scientifiques et des documentaires.

Étaient également présentes, des organisations écologiques, gouvernementales ou non, qui distribuaient une myriade de documents.

Un festival de papiers

Une brochure peut en cacher une autre !

Une dizaine d’organisation activement engagée dans la protection de l’environnement exposait dans leurs stands respectifs, brochures, cartes de visite, posters, magazines, livrets, newsletters… Bref, tout support susceptible de publier et de divulguer leur engagement relatif au développement durable.

La récolte fut fructueuse : plus de 80 documents collectés sans compter ceux qui échappent inévitablement à nos mains et échouent sur la chaussée.

Pour étendre leur notoriété, certaines organisations doublent généreusement leur distribution de brochures malgré notre refus. Ainsi, espèrent-ils rallier plus de personnes à leur cause en pratiquant une méthode peu écologique qui assouvit seulement l’appétit de la poubelle !

Éco-communication… ou…simple publicité ?

Seule une dizaine de brochures arborent un logo signifiant papier recyclé, et rares sont celles qui incitent le lecteur à les recycler.

Laissez parler les brochures

Yes, we can

L’inébranlable optimisme et activisme américain abondent dans les brochures. Quelques-unes d’entre elles interpellent l’éco-citoyen ou le futur éco-citoyen en lui suggérant d’être exemplaire et surtout d’être le meilleur :

Exemple d’une brochure publiée par Lane County (le comté de Lane) :
"Vous-voulez apprendre à réduire les déchets ?
Conserver les ressources naturelles ?
Motiver les autres à changer leurs habitudes ?
Faire la différence dans votre communauté ?
Devenez le maître en recyclage."

Être exemplaire est un comportement souhaité par chacune des organisations : exemplaire pour influencer et inciter de nouvelles personnes à pratiquer des gestes écologiques.

Cette dynamique est parfaitement illustrée par une bande dessinée provenant d’une organisation inattendue, qui rend compte ainsi des domaines auxquels peut s’étendre le développement durable à Eugene.

En effet, il s’agit « d’une banque de temps » — Emerald Valley Time Exchange — qui a pour but d’encourager les habitants à s’entraider. Cependant, contribuer à l’affermissement des liens sociaux exige une cotisation annuelle qui s’élève à 12 dollars !

Pour qui sont ces papiers ?

Certaines brochures semblent avant tout destinées à des éco-citoyens convaincus ou dont la fibre écologique s’amorce.

Pour exemple, le « Green Pages » est un magazine de 111 pages où ont répertoriés les artisans et architectes spécialisés dans l’éco-construction.

Chose invraisemblable, cette organisation a insisté pour que je prenne ce magazine alors qu’elle savait que je n’en aurai pas l’utilité !

Trop d’information dilue l’information

Désireuses de propager leur programme, les organisations ont tendance à inonder les papiers d’informations… Alors, notre œil survole, s’égare… Par l’ampleur des paragraphes, les engagements s’éclipsent.

Être un éco-citoyen semble alors inaccessible.

Seule, la poubelle demeure le remède pour soulager cette indigestion d’information…

Regard sur une Organisation

L’ONG « Northwest coalition for alternatives to pesticides », représentée par une employée, Kay Rumsey, m’a accueillie pour mieux saisir les méthodes qu’une organisation met en œuvre afin d’orienter les citoyens vers un mode de vie écologique.

Qu’est-ce-que la Northwest coalition for alternatives to pesticides ?

Cette organisation non gouvernementale lutte contre l’utilisation excessive des pesticides et des herbicides dans le Nord-Ouest des États-Unis. Combat épineux.

La consommation de pesticides et d’herbicides aux États-Unis atteint 25% de la consommation mondiale (source : Pesticides Industry Sales and Usages, United States, Environmental Protection Agency).

L’ONG fédère de nombreux membres — le chiffre n’a pas été communiqué — qui versent une cotisation annuelle de 25 dollars. Toutefois ils offrent davantage. Faire une donation pour les américains est monnaie courante, d’autant plus qu’elle est déduite des impôts.

Qui sont les membres ?

Manifestement, toutes catégories confondues verseraient de l’argent, hormis les pauvres. D’après mon interlocutrice, aux États-Unis, est pauvre une personne qui n’a pas d’argent pour se nourrir.

De l’argent, mais pourquoi ?

L’argent finance :

  • non seulement les besoins matériel de l’ONG (ordinateur…),
  • les salaires des employés (huit à mi-temps)
  • mais aussi une partie d’un programme de recherche à l’université de l’Idaho concernant la mise au point d’un traitement naturel pour la pomme de terre, légume qui réclame le plus de pesticide.

Une communication électronique

Comment cette ONG participe-t-elle à réduire la forte consommation de pesticides ? Comment décèle-t-elle de nouveaux adhérents ?

La réponse en huit lettres : internet : son site Northwest coalition for alternatives to pesticides.

Bien que l’ONG participe à des évènements écologiques [1] où elle augmente non seulement ses adhérents mais aussi les abonnés à la newsletter, Kay Rumsey est peu prolixe à l’égard de ces manifestations et semblent leur accorder peu d’intérêt.

Par ailleurs, elle n’évoque pas les brochures distribuées lors du festival de la Terre [2]. Selon elle, c’est par l’intermédiaire du site que s’effectue la communication des programmes de l’ONG.

Un site peut-il suffire à sensibiliser une personne indifférente à ce que prêche une ONG écologique ?

Pour me persuader de l’efficacité de cette communication, Kay Rumsey tape sur le moteur de recherche : « Kill dandelion without toxic » (tuer les pissenlits sans produits toxiques). L’ONG ne figure pas dans les premiers résultats.

Elle réessaie vainement avec un autre exemple : toujours rien. Elle continue sans justifier cet échec en certifiant que toutes les interrogations relatives aux pesticides et herbicides sont élucidées dans ce site.

De cette façon, pour obtenir une réponse il est indispensable de connaître l’ONG mais aussi d’avoir la « fibre écolo » !

Comment avoir connaissance de ce site pour appliquer ce que préconise l’organisation ?

Une fois encore, on me répond : « Eugène est une ville verte, les gens sont préoccupés par l’écologie, ils en parlent entre eux ». Point.

Dans une ville qui se qualifie ville verte, le bouche-à-oreille demeure le relais infaillible aux organisations ; communication qui certes n’altère pas l’environnement.

Mais quelle est donc l’utilité des brochures dont même l’ONG ne parle pas : augmenter le gaspillage du papier ?

[1] une fois par an chaque ville du Nord-ouest des Etats-Unis –Seatle, San Fransisco, Portland et Eugene- organisent un festival autour du thème Développement Durable

[2] Earth Day

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